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I maginez... Imaginez les côtes déchiquetées de l'île d'Ouessant, battues par les vents, pilonnées par les vagues, tordues par le flux des marées , faisant le gros dos depuis des temps immémoriaux. Imaginez aussi les hurlements silencieux d'un peuple de pêcheurs, muré dans ses lourdssecrets, empêtré dans ses éternels silences, blotti dans ses flambées d'alcool, disputant à l'océan et aux tempêtes lepeu de joie qu'il reste encore sur cette terre pour les hommes de bonne volonté. Dans cette île bretonne du bout du monde, ce sont plutôt les femmes, d'ailleurs, porteuses de cette qualité évangélique, qui gèrent le quotidien et n'hésitent pas, comme jadis,à braquer les canons sur l'Anglais, quand les marins sont en mer et s'échinent au travail sous les feux croisés de la mitraille. C'est cela, Ouessant : une terre sans péchés et sans rédemption, où la peine est un mal terrestre et ordinaire, où les dieux n'ont jamais daigné s'arrêter ni poser leurs regards...
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Il existe des pianistes qui, très tôt trop tôt ! rentrent dans le rang, et n'envisagent plus leur art qu'en termes de carrière et de contrats, perdant par là-même ce qu'un artiste a de plus précieux en lui : son originalité. Et puis, il y a les "anticonformistes", les irréductibles, incorrigibles indépendants (Dieu merci, il en reste !...), qui, toujours à l'écoute de leur voix intérieure, suivent leur route et nous livrent, de temps à autre, une vision neuve et inattendue d'uvres qu'ils ont choisies, mûries...
Inutile de dire que Lydia Jardon fait partie de la seconde et passionnante catégorie. Cette magnifique pianiste a déjà cinq disques à son actif (lire sa discographie), sans avoir commis le moindre faux-pas : de Rachmaninov à Granados, de Gershwin à Chopin, Lydia sait brillamment donner vie aux heureux compositeurs qu'elle honore de son talent, pour la plus grande joie des discophiles (voire des "discophages", comme c'est notre cas). Lauréate du CNSMP, elle a également obtenu la prestigieuse Licence de concert de l'École normale de musique de Paris.
Nous pourrions nous attarder longuement sur son parcours, mais je trouve plus important encore, en ces lignes, d'essayer de donner une idée "concrète" des qualités admirables de cette musicienne, plus particulièrement à travers ses enregistrements.
On notera tout de même au passage un fait qui a son importance : Lydia Jardon est directrice artistique du Festival Musiciennes ą Ouessant à Ouessant, et vient de créer son propre label. Eh oui ! "AR RE-SE" est le premier label classique féminin ! Sacré courage !

La riche discographie de Lydia Jardon
Rachmaninov, Sonates nos 1 et 2, CD AR RE-SE (AR 2002-4)
Sans doute lune des plus belles versions de ces uvres, dun équilibre et dun goût parfaits. Virtuose et sensible, la pianiste livre ici un modèle du genre.
Rachmaninov, Concerto no 3, Gershwin, Rhapsody in Blue, CD AR RE-SE (AR 2001-3)
Monument de la littérature pianistique, le Troisième Concerto de Rachmaninov est dominé, discographiquement parlant, depuis près de quarante ans par la sublime version de Janis Dorati. Ce nest donc pas le moindre mérite de Lydia Jardon que de réussir à convaincre comme elle le fait dans une uvre ainsi exposée. Un disque lyrique absolument remarquable.
Chopin, 26 Préludes, CD AR RE-SE (AR 2001-2)
A mon avis lune des interprétations les plus intéressantes des Préludes depuis le regretté Alfred Cortot.
Debussy, La Mer, CD AR RE-SE (AR 2001-1)
En première mondiale, cette transcription pour piano seul de La Mer séduit par sa profonde musicalité. (Ce disque a obtenu un coup de cur dans nos colonnes voici quelques mois.)
Granados, Goyescas, CD AR RE-SE (AR 2003-5)
Pour moi, la version de référence de luvre, sans hésitation. Un must.
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