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Ohana - Psophos
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Les Rencontres de musiciennes

Maurice Ohana
Intégrale des quatuors
à cordes

Quatuor n°1
Polyphoie
Monodie
Déchant
Hymne

Quatuor n°2
Sagittaire
Mood
Alborada
Faran-Ngô

Quatuor n°3
Sorgin-Ngô

Le Quatuor Psophos

CD AR RE-SE 2004-7

Les quatuors à cordes de Maurice Ohana sélectionnés par Arte L'Intégrale des quatuors à cordes de Maurice Ohana sélectionnée par Arte (et un extrait en bonus).
Victoires de la Musique classique Le Quatuor Psophos dans la nomination Meilleur ensemble aux Victoires de la Musique classique 2005.

Mars 2005
Philippe van den Bosch

Discophage : les meilleures
prises de son

Maurice Ohana
Intégrale des quatuors
à cordes

Le Quatuor Psophos *

Le Figaro

"Disques de la semaine"
18 novembre 2004
Christian Merlin et Bertrand Dicale

Citoyen britannique né à Casablanca de parents espagnols, le Français Maurice Ohana (1913-1992) est l'un des compositeurs les plus importants de la deuxième moitié du XXe siècle, mais est-il vraiment reconnu à sa juste valeur ? Alliant le raffinement debussyste à l'âpreté sale de la musique arabo-andalouse, son écriture trouva son accomplissement dans la voix et dans le piano, dont cet élève de Lazare Lévy au Conservatoire de Paris était un virtuose. Mais son écriture si poétique trouva aussi une expression privilégiée dans ses trois Quatuors, trop peu connus, et que l'on découvre ici magnifiquement défendus par les quatre jeunes femmes du Quatuor Psophos.

Liberation

Libération
26 novembre 2004
Gérard Dupuy

D'abord pianiste prodige (il a même accompagné La Argentina !), [Maurice Ohana] est venu à la composition par l'enseignement de Daniel-Lesur mais aussi le parrainage de Dutilleux. Rétif aux dissonances jusqu'à la fin, il appartient à l'aile individualiste et moderniste de la réaction antisérielle. (...) On pourra ajouter à ce portrait d'Ohana le tout nouvel enregistrement de ses trois quatuors pour cordes par les jeunes dames du déjà renommé Quatuor Psophos, pièces recueillies et lyriques qui exacerbent un langage demeuré classique.

Arte

Arte
Décembre 2004
Mathias Heizmann

On n’entre pas si facilement dans l’œuvre pour quatuor à cordes de Maurice Ohana : musique exigeante et complexe, elle demande du temps pour révéler ses secrets et se déploie comme autant de cités dont les beautés, précisément, naîtraient de l’ombre.
Il y a, c’est entendu, un mystère à percer, mystère que ni la structure, ni le langage utilisé par le compositeur ne peuvent véritablement éclairer. Mieux vaut donc, pour goûter sa musique, se laisser emporter et laisser les images surgir en nous.
Car en la matière, il y a fort à dire : d’abord parce que cette musique joue précisément sur l’imaginaire, comme si elle tentait de construire avec les sons un monde presque palpable. Ensuite parce qu’elle se déploie souvent comme un lent travelling sur quelques paysages immobiles, animés seulement par les brusques éclats d’un soleil aveuglant.
Il y a, c’est entendu, quelque chose de cinématographique -- un cinéma presque sans narration qui reviendrait à l’essentiel : les images et l’art du montage -- dans cette manière de penser le déroulement d’une œuvre. La succession des plans, les fondus enchaînés, la poésie des images qui se substituent au monde réel, tout cela se retrouve chez Ohana, magnifiée aujourd’hui par le jeu sans fard du Quatuor Psophos.

Classica-Répertoire

Classica-Répertoire
Février 2005
Antoine Mignon

A l'instar des Trois Mousquetaires, les Trois Grâces sont en fait quatre, et elles constituent le Quatuor Psophos. Ces drôles de dames nous offrent un enregistrement qui ferait et fera aimer la musique contemporaine aux plus réfractaires : "Vous n'aimez pas la musique contemporaine ? Vous n'avez pas entendu le Quatuor Psophos dans les Quatuors de Maurice Ohana !" Il faut dire que Maurice Ohana est un compositeur atypique, au langage personnel s'affranchissant de toute école stylistique ou esthétique, et notamment l'école dodécaphonique allemande. Éminemment poétique, Ohana privilégie une écriture rigoureuse et subtile -- invoquant le plain-chant dans son Premier Quatuor -- au lyrisme méditerranéen (et notamment andalou et africain dans les Quatuors nos 2 et 3), axant son travail sur le timbre -- d'où l'emploi de tiers de ton et d'un jeu moderne des instruments à cordes (harmoniques, bois de l'archet, pizzicatos claqués, etc.). Ohana renouvelle alors la façon d'écriture pour quatuor, l'adaptant à son langage et le libérant de la traditionnelle rigueur polyphonique.
Dans cet enregistrement, tout y est, et en premier lieu une précision d'ensemble et une homogénéité du son remarquables. Leur énergie se traduit par un archet très sûr et nerveux, idéal pour "ces coups de rein caractéristiques -- sff-pp -- qui signent toute l'oeuvre d'Ohana" signalés dans le livret, mais d'où se dégage, même dans le tranchant le plus abrupt, une grande beauté sonore, loin des interprétations au scalpel trop souvent rencontrées dans ce répertoire. Quant à la justesse, même les tiers de ton sonnent avec une précision parfaite. Les rencontres harmoniques se produisent sans l'ombre d'une hésitation. Les quatre musiciennes se jouent de cette musique, requérant pourtant toutes les techniques "modernes" des instruments à cordes, avec une facilité déconcertante, en un engagement et un plaisir rares. Dotées d'une palette expressive pléthorique, d'une grande va riété de vibratos, d'un son formidable mais aussi beaucoup plus intime e fonction des besoins, ces jeune femmes savent tout faire. Avec un autorité extraordinaire, elles restituent parfaitement la structure des quatuor et l'auditeur n'est jamais perdu, même dans une musique pourtant loin d'être évidente. Et c'est d'ailleurs cette évidence qu'elles y insèrent qui nous emporte. Chaque moment est inspiré, replacé dans le contexte des oeuvres, dont les différents mouvements son merveilleusement unifiés. D'une subtilité incroyable, d'une perfection technique et de ton intimidantes, on se laisse, admiratif, à écouter ces oeuvres dans un recueillement religieux, ce qui est particulièrement rare, a fortiori dans ce répertoire, n'espérant qu'une seule chose : que cela dure longtemps. Senti, ressenti, vécu, parfaitement restitué, tout cela est beau, car le Quatuor Psophos n'oublie jamais l'aspect esthétique, trop souvent négligé. Oui, c'est moderne, et c'est beau !
Alors nos Quatre Grâces réussissent un fort joli coup : être la référence pour très longtemps dans ces oeuvres, et se positionner en très bonne place dans le cénacle des jeunes quatuors français. Espérons que le Quatuor Psophos confirmera par la suite, cette fois-ci dans des oeuvres plus "traditionnelles" du répertoire -- leur premier disque Mendelssohn (Zig-Zag Territoires) le laissant espérer.

Diapason

Diapason
Février 2005
Nicolas Baron

Voici à notre connaissance le seul enregistrement publié des trois quatuors de Maurice Ohana. Le prémier d'entre eux s'intitule bien Cinq séquences (1963), mais les Psophos ont décidé d'en retrancher le Tympanum central conformément aux préférences du compositeur (ce mouvement devrait figurer sur la version du Quatuor Danel envisagée chez Timpani). Polyphonie, Monodie, Déchant, Hymne : les titres suggèrent la variété des techniques autant que la référence à la musique vocale médiévale. Cette langue austère aux contours anguleux, sèche comme un cep, le jeu des Psophos l'irrigue d'une sève bienvenue (Monodie), embrasant les déchirures d'Hymne. Le Quatuor no 2 (1980) élargira le propos rituel au cante jondo andalou et au spiritual. Un Sagittaire épidermique à souhait annonce les soubresauts cabalistiques d'Alborada avant le superbe dernier mouvement, Faran-Ngô, connu dans sa version orchestrale sous le nom de Crypt (1980). Les Psophos affirment avec autant de conviction la puissance tellurique du Troisième quatuor, Sorgin-Ngô (1989), qui foule la craie et l'ocre de ses métriques basques. Attendu au tournant pour cette nouvelle parution, le jeune quatuor français s'empare de cette musique avec une méticulosité fiévreuse, conjuguant énergie motrice et plénitude sonore, archet de fer et crin de velours.

ResMusica.com
ResMusica.com
7 janvier 2005
Michèle Tosi

Crée en 1997 au Conservatoire National de Lyon, le Quatuor Psophos (en grec "l’événement sonore"), lauréat de nombreux concours internationaux, remporte notamment le Premier Grand Prix du Concours International de Quatuors à cordes de Bordeaux en Septembre 2001. Dès lors, il est invité sur les plus grandes scènes et festivals internationaux (Concertgebouw d’Amsterdam, Wigmore Hall de Londres, Les Folles Journées de Nantes, Palais des Beaux Arts de Bruxelles…) et partage sa passion de la musique de chambre avec de nombreux solistes français (Jean-Claude Pennetier, Alain Meunier, Frank Braley...).
Premier enregistrement CD du Quatuor Psophos, l’intégrale des quatuors de Maurice Ohana avec lequel il remporte le prix Maurice Ohana et le Prix Mécénat Musical Société Générale, témoigne clairement de la curiosité et de l’esprit d’entreprise de l’ensemble entièrement féminin, rappelons-le. Rien de traditionnel dans l’univers de ces trois quatuors tournant radicalement le dos à l’héritage allemand et à la loi du contrepoint pour rejoindre le monde sonore personnel du compositeur ; le raffinement des timbres, l’écho des rythmes et des instruments de l’Afrique qui fascine Ohana, l’extrême diversité des textures fluides ou compactes, homogènes ou éclatées nourrissent les lignes du quatuor comme celles de sa musique vocale ou de son œuvre pour piano. Totalement investi dans la recherche des couleurs, des textures spécifiques sollicitant des modes de jeu très diversifiés et avec une parfaite maîtrise des inflexions au tiers de ton qu’affectionne tout particulièrement Ohana, le quatuor Psophos tend ici à devenir un véritable générateur de sons modelant son objet sonore en continuelle métamorphose.
Les titres des quatre mouvements du
Premier quatuor font référence à quatre types d’écriture -- Polyphonie, Monodie, Déchant et Hymne -- plongeant leurs racines dans un Moyen-Age lointainement évoqué. L’Hymne final met en œuvre l’écriture verticale et homophone des quatre pupitres exigeant, comme chez Messiaen, la synchronisation parfaite du geste et des énergies au sein d’un quatuor dont on peut ici apprécier les qualités de son et la richesse de la palette des timbres. Plus étrange encore et mystérieux dans son itinéraire musical, le Deuxième quatuor diversifie l’univers de chacun des quatre mouvements -- Sagittaire, Mood, Alborada, Faran-Ngô. Jeux de contrastes, dans Sagittaire, entre les allures souples et "lissées" de la trajectoire sonore et le travail toutes en aspérités de certaines surfaces plus tourmentées. Les pizzicatti profonds des cordes graves dans Mood évoquent l’écho mystérieux des percussions de peau perturbant le calme de grands aplats instrumentaux. Alborada est parcouru par une vibration lumineuse irradiant la matière sonore tandis que Faran-Ngô semble résumer, dans son parcours très "accidenté", l’extrême diversité du jeu instrumental déployé dans toute la partition. Entre langueur et surgissement, murmure et clameur, le Troisième quatuor Sorgin-Ngô, écrit d’un seul tenant, se nourrit de contrastes. Aux épisodes pulsés par une rythmique presque sauvage succèdent des plages de pure poésie sonore, tendres autant que sensuelles. Avec une énergie et un potentiel sonore mis au service de l’invention musicale, le quatuor Psophos nous fait voyager dans ces lointains mystérieux, ces paysages oniriques avec un engagement artistique total pour atteindre, toujours à fleur d’émotion, l’essence d’une poétique sonore.
Ce superbe enregistrement qui vient compléter la discographie d’Ohana coïncide avec la sortie imminente d’une monographie désormais essentielle sur le compositeur écrite par Edith Canat de Chizy et François Porcille aux éditions Fayard.

Crescendo
Crescendo
Février-mars 2005
Harry Halbreich

Joker CrescendoMaurice Ohana demeure le plus obscur et le plus méconnu des très grands compositeurs de la seconde moitié du siècle dernier, au point que dans la plupart des pays on ignore toujours jusqu'à son nom ! Et qui sait qu'entre autres il a enrichi le répertoire du Quatuor à cordes de trois pages capitales ? Ce sont sans doute ses oeuvres les moins connues, de sorte que leur première discographique, plus de douze ans après sa mort, est un véritable événement. (...) Si toute sa musique se situe aux antipodes des traditions germaniques, rejet fièrement revendiqué, ce rejet la met face au défi de renoncer presque totalement à la polyphonie qui semble inséparable du genre même du Quatuor, de pair avec la pensée dialectique faite de contrastes et de développements thématiques qui en est la conséquence. C'est dire que ces pages se situent à part de tous les chefs-d'oeuvre du genre, et se concentrent sur d'autres éléments de langage : le melos monodique ou du moins hétérophone, la variété et la richesse des rythmes, le raffinement extraordinaire de l'harmonie, enfin et peut-être surtout le timbre, le travail sur le son, qui situe Ohana en plein centre de la tendance dominante de l'aile marchante de la jeune musique. L'essence intime de ces oeuvres, c'est la magie et l'envoûtement propres aux rituels, ceux du Cante jondo andalou comme ceux du Jazz, deux sources d'inspiration capitales de Maurice Ohana, par ailleurs en quête des origines archétypales, voire préhistoriques de la musique. C'est dire que nous sommes très loin de Haydn et de Beethoven, un peu moins loin seulement de Bartók, dont quelques échos des musiques de caractère "nocturne" subsistent encore dans les Cinq Séquences, en dépit de quoi l'univers et le langage si personnels du compositeur s'y manifestent déjà pleinement. Le Deuxième Quatuor est le plus intime, le plus secret, sans doute, le plus difficile d'accès, mais c'est lui qui contient peut-être les trouvailles sonores les plus passionnantes. Le Troisième, enfin, une de ses dernières grandes oeuvres, est un aboutissement grandiose, le plus vaste, bien que d'un seul tenant, plus "classique" peut-être, contenant notamment un bref, mais extraordinaire hommage à Thelonious Monk. Même si personne ne le sait encore (ce CD y contribuera) c'est, tout simplement, l'un des suprêmes chefs-d'oeuvre du genre, et pas seulement au vingtième siècle ! (...) Ce produit d'un tout petit éditeur indépendant, dont on souhaite que la diffusion ne soit pas trop confidentielle (mais il a fort bien trouvé le chemin de notre revue !) constitue un événement de toute première importance, grâce auquel l'opéra La Célestine demeure la dernière lacune béante de la discographie ohanienne...

La Libre Essentielle

La Libre Essentielle
Mars 2005

L'exigence et la liberté
On les avait découvertes voici quelque temps dans Mendelssohn et, dame, c'est le cas de l'écrire, les quatre jeunes femmes du Quatuor Psophos nous avaient fait grosse impression... Eh bien, dans un monde du quatuor sinon misogyne, du mois assez masculin, voilà une confirmation qui fait bougrement plaisir : Ayako Tanaka et ses complices ont eu la formidable idée de graver l'intégrale des quatuors de Maurice Ohana, sorcier un peu, sourcier beaucoup... Et non contentes d'offrir ce qui sera pour beaucoup une superbe découverte, elles nous permettent de rappeler que le credo du musicien n'a pas perdu une once de son actualité. Plus que jamais, il faut « défendre la liberté du langage musical contre tous les esthétismes tyranniques. Les plus mous ne sont pas les moins dangereux...

ClassicsToday

ClassicsToday France
Jacques Bonnaure

Que Maurice Ohana (1914-1992) ait écrit des quatuors, et qui plus est sans commande particulière, pourra surprendre. Le genre est en effet surtout lié à la tradition musicale germano-autrichienne, dont le compositeur se défiait. Ohana va donc utiliser le quatuor en tant que formation instrumentale et en tant que technique d'écriture, pour approfondir certains aspects de son langage et de son esthétique.
Le premier date de 1963 -- contemporain, donc, du Tombeau de Claude Debussy. L'œuvre comprenait à l'origine cinq parties, mais Ohana supprima le volet central (Tympanum) et il est un peu dommage que dans cette version, les interprètes n'aient pas osé le réintroduire. Chaque mouvement fait référence à des modes d'écriture médiévale (Polyphonie-Monodie-Déchant-Hymne). L'œuvre utilise abondamment les tiers de ton qui donnent à son œuvre une couleur rugueuse, singulière et archaïque.
On retrouvera ce goût typiquement ohanien pour les traditions musicales non-classiques (c'est à dire non inspirées par la musique savante européenne) dans le Deuxième Quatuor (1980), qui se réfère à la fois au "cante jondo" et à la musique africaine, sous sa forme première et sous sa forme américaine du gospel. Le dernier Quatuor, Sorgin-Ngô, en un long mouvement de 24 minutes très fermement construit (1989) est contemporain de l'opéra La Célestine. Ici dominent les recherches de rythmes complexes, les jeux de masse sonores, tout ce qui peut connoter l'âpreté et la dureté minérale.
On ne saurait évidemment sous-estimer l'intérêt de ces parutions qui donnent accès à trois chefs-d'œuvre de la musique de notre temps, trop peu connus jusqu'ici. Ce CD est également le premier enregistrement commercial du Quatuor Psophos, formation entièrement féminine née en 1997 et déjà fort honorablement connue. Pour les quatre jeunes instrumentistes, c'est évidemment une gageure d'avoir débuté avec ces pages pas vraiment connues et fort exigeantes. Pari gagné. Les qualités instrumentales des Psophos sont extraordinaires, tant pour la justesse (en particulier dans les tiers de ton !) que dans la variété des coloris ou les puissants jeux de rythmes et volume du Troisième Quatuor. La révélation de trois chefs d'œuvre se double donc de celle d'un grand quatuor à cordes. À quand la suite ?

American Record Guide

American Record Guide
Lehman

Les auditeurs qui sont peu familiers de Maurice Ohana (1914-1992), compositeur aux héritages variés – détenteur de la nationalité britannique, né en Afrique du nord de parents espagnols, il fit ses études à Rome et finit par se fixer à Paris – liront avec profit la critique de Lindsay Koob sur son œuvre chorale (parue dans le numéro de septembre-octobre 2004). Comme le souligne Koob, Ohana était unique en son genre : « un phénomène isolé… une sorte de mouvement de la musique à lui tout seul, de taille réduite (50 œuvres environ) mais important. »
Fasciné par la musique exotique et primitive, Ohana entreprit d’en développer une sorte de recréation moderne à l’aide de techniques d’avant-garde. Le résultat est dense mais vibrant, austère mais sensuel, impressionniste mais abstrait, oblique mais frappant, nouveau mais ancien. On y trouve des parentés avec Bartok, avec Berg, et plus clairement avec la musique extatique et visionnaire de Messiaen et de Dutilleux – mais Ohana est plus sauvage, plus rugueux. Tout comme les paysages âpres qu’elle évoque, sa musique n’est jamais jolie mais peut être douloureusement belle. Comme le dit Koob, « Elle exige de la patience, de la concentration, et des écoutes répétées ».
Pour être honnête, je n’avais jamais apprécié la musique d’Ohana jusqu’ici. Elle me semblait trop inaccessible et dénuée de forme. A ma grande surprise, toutefois, je suis rapidement entré dans l’univers de ces quatuors. Les textures complexes et les effets inhabituels des cordes – pizzicati, glissandi et harmonies désynchronisés, col legnos heurtés, grappes microtonales, recitatifs psalmodiants et fleuris, ostinatos décalés – aparaissent comme absolument consubstantiels à l’argument musical plutôt que comme de la décoration superficielle et tape-à-l’œil. Cette musique d’une intégrité de roc possède une « évidence » et une logique qui, pour peu conventionnels qu’ils soient, s’imposent dès le début. Elle brûle tout simplement d’une ferveur expressive qui rappelle les moments les plus intenses de la musique de Bloch, telle sa scintillante Deuxième Sonate. Les musiciennes du Quatuor Psophos jouent comme si elles étaient possédées ; leur intensité vif-argent et leur superbe concordance sont magnifiquement rendus dans l’enregistrement holographique d’Ar Ré-sé.
Ames sensibles s’abstenir ! Mais ceux qui aiment sortir des sentiers battus trouveront ici une riche récompense. J’espère que le Quatuor Psophos continuera d’explorer ce genre de répertoire délaissé. J’aimerais beaucoup les entendre dans certains beaux quatuors de Barraud, de Nikiprowetsky et d’autres compositeurs modernes de la tradition française.

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