I. Allegro moderato
II. Scherzo (Allegro scherzando non troppo vivace)
III. Andante quasi adagio
IV. Finale (Allegro con moto)
Quartet n°2 op. 57
I. Adagio
II. Scherzo (Allegro con fuoco)
III. Quasi adagio
IV. Finale (Allegro moderato)
Ingénieur du son : Jean-Marc Laisné.
Enregistré à l'Église luthérienne Saint-Marcel à Paris les 2, 3, 4 et 5 octobre 2006.
Livret : Ludovic Florin.
AR RE-SE 2006-3
Charles Koechlin Quartet n°1 op. 51 in D
Quartet n°2 op. 57
Strings Magazine
Février 2008
L. V.
Voici un enregistrement qui est vraiment à découvrir, aussi bien pour les extraordinaires quatuors du compositeur et esprit universel Charles Koechlin (1867-1950) que pour le Quatuor Ardeo, récemment formé par quatre jeunes musiciennes qui se sont rencontrées dans la classe de quatuor à cordes du Conservatoire de Paris et baptisé d’un mot latin qui veut dire « se consumer de passion ». D’une caractérisation difficile, la remarquable musique de Koechlin se montre dans ces quatuors souvent polytonale et modale mais dotée d’un sens de la mélodie que le compositeur manipule de différentes manières, en lui faisant souvent prendre la forme de grandes structures fuguées qui rappellent Bach. Le Quatuor n° 1 est plein de brillants coups de théâtre. Le monumental Quatuor n° 2, qui se termine par un extraordinaire dernier mouvement d’une longueur de 17 minutes, est d’une grande richesse contrapunctique et révèle de vastes et pures perspectives harmoniques. L’étonnant est moins le fait qu’un jeune quatuor français ait choisi d’enregistrer Koechlin que la maîtrise d’ensemble avec laquelle cette interprétation est menée. Les jeunes femmes laissent éclater une joie complice dans le dernier mouvement, d’une gaieté haydnienne, de l’opus 51, avant de se livrer avec une volupté suppliante à la déconstruction de l’esthétique étale du premier mouvement de l’Opus 57.
L’enregistrement séduit par son alliance de clarté et de chaleur. Le livret de Ludovic Florin explore l’œuvre de Koechlin avec une précision philosophique et un détail musical implacables.
Naviguer à travers le vaste catalogue de Charles Koechlin (plus de 250 œuvres) s’avère intimidant. Même le Grove regimbe pour en donner une liste complète, même s’il y mentionne les trois quatuors à cordes. Les deux premiers datent de 1913 et 1916 et représentent une contribution précieuse à la discographie du compositeur qui augmente discrètement mais sûrement. L’environnement musical naturel de Koechlin est l’orchestre et, par la suite, il orchestrera son Deuxième Quatuor auquel il donnera le titre de Première Symphonie. Dans sa forme d’origine, tout comme dans le premier quatuor, il révèle les racines françaises de sa musique, aux échos lointains de César Franck mais aussi la tradition beethovénienne soutenue dans la musique française par Vincent d'Indy. Il y a plus encore dans ces deux œuvres qui distingue ce compositeur, l’un des plus originaux et méconnus de la première moitié du XXe siècle, et les interprétations du Quatuor Ardeo, d’une grande souplesse et admirablement nuancées, méritent la plus large diffusion.
L'avis de la Fnac En première mondiale, le label Ar Ré-Sé publie un enregistrement de deux quatuors à cordes de Koechlin, un des plus grands compositeurs français du XXe Siècle. Jeune quatuor à cordes français, Ardeo s’est constitué au sein du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris dans la classe de quatuor à cordes de M. Hentz et D. Hovora.
Ayant suivi l'enseignement ponctuel ou régulier de membres du Fine Arts Quartet, des quatuors Hagen ou Talich (entre autres), le Quatuor Ardeo a déjà remporté de nombreux prix, que ce soit celui de la Fondation Polignac ou ceux décernés par les villes de Moscou (2004) et Bordeaux (2005). C'est dire si nous étions impatients d'écouter les quatre Françaises, de surcroît dans un programme qui défend la musique hexagonale : les Quatuors n° 1 et n° 2 de Charles Kœchlin.
Scientifique de formation, auteur de nombreuses œuvres dialectiques Traité d'harmonie (1924-25), Traité d'orchestration (1954-59), Traité sur la polyphonie modale (1931) , il n'est pas étonnant de voir le créateur des Heures persanes consacrer trois opus à une formation associée à la quin-tessence musicale. Ceux-ci seront révisés jusqu'en 1921, dans l'enthou-siasme de la création du premier (19 mai) et du point final apporté au dernier (15 août).
Les brouillons du Quatuor n° 1Op.51 portent les dates du 22 mai au 6 juin 1902, mais la composition proprement dite s'étale de 1911 à 1913. En plus d'une gestation assez longue, Kœchlin conçoit encore des variantes (conforme à l'édition), jusqu'au 28 février 1921. Dédiée à André Gédalge, cet élève de Massenet devenu professeur de contrepoint et de fugue au Conservatoire de Paris, l'œuvre, si l'on exclut quelques pièces précédentes, représente la véritable entrée du compositeur dans le monde chambriste. Cet essai signale déjà un équilibre remarquable entre musicalité et maîtrise technique, climats champêtre et sacré (Allegro moderato), connaissance et innocence (Scherzo), innovation et pastiche (Finale).
Devenu 1re SymphonieOp.57bis après l'orchestration de 1927, le Quatuor n°2Op.57 n'a jamais été officiellement créé, demeurant archivé comme une œuvre expérimentale. On peut y cerner certaines pistes de recherches : étude d'harmonies sans véritable thème (Adagio), métrique insolite pour l'époque (Scherzo), durée de mouvement déséquilibrée (dix-sept minutes pour le Finale), etc. C'est une belle osmose qui s'opère entre les interprètes et la musique, à la fois développée et intérieure, du compositeur comme il l'a définie lui-même en 1932. Leur art d'installer des climats languides s'appuie sur une maîtrise remarquable de délicatesse et de nuance, source de ciselés d'une grande pureté. Les passages plus rythmés recèlent une allégresse jamais sauvage, bien qu'ils semblent plus bondissants que réellement dansants. Cet enregistrement mérite particulièrement d'être salué.
Le Nouveau Musicien N° 29
Septembre 2007
CD COUP DE CŒUR
Le Quatuor Ardeo magnifie Koechlin
Voilà un jeune ensemble qui fait beaucoup parler de lui. Consacré aux deux premiers quatuors de Koechlin, leur nouveau disque est, à juste titre, unanimement salué par la critique. Mais le Quatuor Ardeo, constitué au CNSMDP et soutenu par Mécénat musical Société générale, avait déjà retenu l'attention par le passé, obtenant notamment, en 2005, le 1er prix de la Fédération nationale des associations de parents d'élèves des conservatoires et écoles de musique, danse et art dramatique (Fnapec) et le prix de la presse au concours international de quatuor à cordes de Bordeaux. Présent dans les grands festivals, l'ensemble jouera, le 29 septembre, au Septembre musical de l'Orne.
Classica-Répertoire
Juillet-Août 2007
Michel Fleury
Il n'est pas étonnant qu'un maître du contrepoint tel que Koechlin ait trouvé d'emblée l'équilibre entre les voix, si essentiel à un dialogue harmonieux entre les partenaires dans un genre réputé difficile (le quatuor à cordes). Son premier essai dans ce domaine est en tout cas un coup de maître : la dédicace à son maître André Gédalge (un véritable « Taneïevfrançais » aujourd'hui scandaleusement oublié) place cette magnifique partition sous le signe du contrepoint et, tout particulièrement, de l'imitation chère à Bach, de tout temps étoile au firmament musical de notre musicien. Le sentiment pastoral teinté de modalité alterne avec de claires mélodies qui possèdent toute l'innocence des comptines que les enfants chantent dans un grand jardin sous le soleil de l'été, et papa Haydn en personne semble avoir porté sur les fonds baptismaux le malicieux final (un spirituel pastiche de la première École de Vienne). Le Quatuor n° 2 va plus loin encore. C'est certainement, en dehors du prodigieux quatuor de Florent Schmitt, le quatuor français le plus monumental de son temps. Son contenu déborde largement du cadre du quatuor, ce qui explique que l'auteur l'ait orchestré pour en faire sa première symphonie. La solide assise tonale n'empêche pas Koechlin de se livrer à des expérimentations encore hardies vers 1915 : thèmes « abstraits » en forme d'arpèges (premier mouvement, qui est loin d'être « athématique » ainsi que le suggère bizarrement la notice), ralentissement par paliers, tendant vers un immobilisme statique caractéristique de l'auteur, étude rythmique complexe (Scherzo), solution hautement personnelle au problème maintes fois soulevé de la synthèse entre fugue et allegro de sonate. La polytonalité et la modalité élargissent encore les possibilités expressives et s'orientent vers une conclusion sereine et lumineuse.
Soutenu par le label Ar Ré-Sé(voir la rubrique « Les artisans du disque », p. 24), les interprètes défendent avec beaucoup de conviction ces pages magistrales, dignes de figurer au côté des chefs-d'œuvre du genre tels qu'à l'époque les quatuors de Malipiero ou ceux d'Honegger. Leur parfaite synchronisation et leur précision d'attaque permettent de savourer les courbes élégantes de la dense polyphonie modale qui pour Koechlin a valeur de signature. Et quelques manques de justesse passagers seront rapidement oubliés devant la ferveur et le soin avec lesquels les Ardeo construisent les progressions dynamiques, comme dans la partie médiane du finale du n° 2, Une approche aussi méditée aidera sans doute à ancrer dans le répertoire courant ces pages essentielles de la musique française.
Le Monde de la musique
Mai 2006
Jean Roy
Les années 1911-1921 ont été pour Charles Koechlin celles où la musique de chambre a prédominé.
Depuis le Premier Quatuor à cordes, achevé en 1913, jusqu'au Premier Quintette avec piano et cordes de 1921, le compositeur a marqué des formes consacrées de sa personnalité foncièrement indépendante. L'étude « Koechlin par lui-même », publiée en 1981 par La Revue musicale, décrit le processus par lequel celui-ci abordait la musique de chambre et, particulièrement, le quatuor à cordes :« Chanter, chanter librement ! Ce qui ne veut pas dire sans ordre, ni qu'il sy trouve parfois des motifs nettement définis. Mais en réalité, chacune de ces œuvres est une pièce unique dont le plan se trouve déterminé par l'évolution vivante des thèmes et des sentiments, par leur vie même. »
Il est nécessaire de se souvenir de ce regard du musicien sur lui-même pour mieux comprendre ce qui pourrait nous dérouter à l'écoute de ces deux quatuors à cordes, composés pour le premier de 1911 à 1913 et pour le deuxième entre 1915 et 1916, dates retenues par le catalogue édité en 1975, mais rectifiées par le texte de présentation de ce CD, qui nous apprend que les premiers brouillons de l'Opus 51 portent les dates du 22 mai au 6 juin 1902 (ce texte de Ludovic Florin est des plus complets, et c'est là une contribution importante à la connaissance de l'œuvre de Koechlin).
L'interprétation du Quatuor Ardeo, constitué en 2004 et composé de Carole Petitdemange et Olivia Hughes (violons), Caroline Donin (alto) et Joëlle Martinez (violoncelle), elle est totalement satisfaisante pour la cohésion des quatre instruments et l'esprit qui anime les jeunes interprètes. L'heure est enfin venue où l'œuvre de Charles Koechlin prend la place qui lui est due !