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Quatuor Antigone & Sarah Lavaud - Koechlin
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Quatuor Antigone,
Sarah Lavaud *
, piano

Quintette avec piano opus 80
pour deux violons, alto, violoncelle et piano

1. L’attente obscure de ce qui sera…
2. L’Assaut de l’ennemi – La Blessure
3. La Nature consolatrice
4. Final – La Joie

Quatuor n° 3 opus 72

1. Très calme
2. Scherzo
3. Adagio
4. Final

Directeur artistique et ingénieur du son : Jean-Marc Laisné.
Enregistré au StudioTibor Varga, Grimisuat, Suisse, du 1er au 5 décembre 2008.

Livret : Ludovic Florin.

AR RE-SE 2009-1

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Les Rencontres de musiciennes

Charles Koechlin
Quintette avec piano opus 80
pour deux violons, alto, violoncelle et piano
Quatuor n° 3 opus 72

Quatuor Antigone,
Sarah Lavaud *
, piano

Concertclassic.com
Concertclassic.com
Novembre 2009

Reportage vidéo en ligne. Lien pour voir...

Diapason
Diapason
Décembre 2009
Jean Cabourg

Le Quintette avec piano, composè entre 1917 et 1921 mais créé tardivement en 1934, est à juste titre regardé comme un chef·d'oeuvre parmi les plus singuliers de la musique de chambre du XXe siècle. Que le présent enregistrement ne soit pas le premier, comme prétendu dans la notice, mais au moins le deuxième (après celui de Thierry Rosbach chez Cybelia), ne doit pas contrarier les admirateurs de cette musique exigeante. Koechlin n'écrivait pas pour les gens pressés, et le bonheur qu'il dispense est de ceux qui se méritent. On ne suivra pas forcément les commentaires qui accordent une place démesurèe à l'influence des horreurs de la Première Guerre mondiale sur cet Opus 80. Les titres de ses quatre mouvements (L'Attente obscure de ce qui sera, L'Assaut de l'ennemi, La Nature consolatrice, La Joie) s'en font certes l'écho, mais la musique pure l'emporte à l'évidence sur on ne sait quelles intentions descriptives.
On en retiendra successivement le climat initial de nuit transfigurée aux franges de l'atonalité, le scherzo martelé par un piano en phase avec les stridences des cordes, la méditation naïve dilatèe par les quintes superposées, l'exultation finale d'une joie salvatrice. Audaces harmoniques, ferveur lyrique, prégnance de la spiritualité soulèvent une partition littéralement inouïe. Du moins à ce qu'en laissent deviner les musiciens du Philharmonique de Radio-France réunis autour de Sarah Lavaud, en un quatuor souvent trop timide et flou. Et mieux à son affaire dans l'Opus 72, créé par les Pro Arte en 1924, mélange d'archaïsmes délicats et de traits canailles, de transparence post-fauréenne et de verve néobaroque.

Classiquenews.com
27 septembre 2009
Lucas Irom

Le disque est porté par l'engagement de la pianiste Sarah Lavaud (27 ans), jeune et ardente ambassadrice pour la réévaluation des oeuvres de Charles Koechlin. La sincérité du propos, la subtilité évidente des musiciennes à l'oeuvre, révèlent sans le dénaturer l'univers engagé et enchanteur du compositeur français. Superbe premier disque et jalon pour notre découverte de Koechlin.
Un barbu rêveur, à l'extase assouvie... dans la musique. Mais un contemplatif riche en son monde intérieur qui sait tout autant s'engager dans la vie réelle : communiste et fondateur de la Société Musicale Indépendante, Charles Koechlin (1867-1950) s'affirme peu à peu comme l'une des personnalités les plus convaincues en France: son écriture si personnelle éveille l'esprit pour une conscience décuplée, une vision aiguë sur le monde et les hommes. Humaniste, généreux, Koechlin étonne, captive et saisit l'écoute par un sens profond de la sensibilité rayonnante qui s'immisce directement jusqu'au coeur.
C'est là son paradoxe, né d'une musique apparemment contemplative qui in fine bouleverse l'esprit, en une expérience formatrice. L'homme est profondément marqué par la barbarie de la guerre (Première Guerre), sa boucherie ignoble qui est une faute contre la conscience humaniste dont nous avons parlé: le 3e Quatuor concrétise cette urgence à crier ce déchirement et ce traumatisme, en particulier dans le Scherzo : sommet convusif, encadré par des épisodes plus distanciés et intimes voire secrets qui se referment dans le renoncement voire la sérénité, sur une blessure à jamais assumée, riche par ses enseignements.
Créé très vite à Mulhouse en 1924, l'oeuvre éblouit par sa forme libre, à la fois franche, expressive et austère presque dépouillée. On y retrouve ce contrepoint souple des lignes qui chantent pour elles-même, que Koechlin, en amateur passionné du chant grégorien, affectionnait particulièrement.
Le Scherzo est évidemment la pièce centrale de cette dénonciation qui s'exprime sans fard ni masque ni mesure : avec même une acidité sarcastique grimaçante préfigurant les pointes acerbes et rentrées de Chostakovitch : les interprètes suivent les indications du compositeur, citant trompettes et cimbales, qui évoquent la grande faucheuse et l'infâme machine à broyer la chair humaine. Amertume et violence qu'apaise à peine l'ut majeur qui ouvre l'adagio suivant.
Comme Richard Strauss et ses métamorphoses expriment au diapason de l'anéantissement par les bombes et la guerre, le sentiment de la fin du monde et surtout de la civilisation (au lendemain de la 2e Guerre Mondiale), Koechlin offre dans son Quintette avec piano opus 80, un expérience similaire : situation radicale d'un témoin de l'ignominie dont la musique produit par catharsis, cette libération attendue, espérée, la source d'une sérénité pacificatrice. Même si Koechlin fut réformé pour une tuberculose développée vers 1880, le compositeur vit dans sa chair les secousses de la guerre. Il existe peu de musique aussi engagée par son sujet.
Les interprètes l'ont bien compris : finesse des accents, souci scrupuleux des climats crépusculaires et méditatifs, balancement entre désir d'éloignement critique et de cri direct, expressionniste ; expression du sentiment d'impuissance et d'inquiétude sourde, qui finalement se dissipe en un final triomphant, lumineux et même dansant (inondé par une "joie" recréatrice et puissante) — Koechlin reste malgré sa douloureuse compassion, un éternel optimiste ? — sont autant d'apports qui par la richesse du geste interprétatif, dévoilent chaque facette d'une écriture créée à Bruxelles en 1934.
La lenteur suspendue (premier mouvement) exprime concrètement le dénuement et l'humilité des êtres sacrifiés à l'horreur, leur attente —-angoissée — vers une aube d'éclairs barbares et sanglants. Longues phrases étirées jusqu'à la perte de souffle, visions suffoquées en une brume épaisse et asphyxiée: la tenue des instrumentistes touchent au coeur d'un tableau parmi les plus novateurs et les plus poétiques du compositeur : langueur, anéantissement, usure des forces vitales...
L'horreur se fait plus concrète encore dans le second mouvement, scherzo plongé au centre des assauts qui dénonce les plaies ouvertes (et comme le souligne encore le titre de l'épisode "La Blessure"). Même étirement flottant de l'andante, mais enrobé d'une couleur prophétique, intitulé alors "La Nature consolatrice"... voilà le Koechlin distancié, tendre et lyrique même dont la musique
réconforte, berce, envoûte.
Le disque est porté par l'engagement de la pianiste Sarah Lavaud (27 ans), jeune et ardente ambassadrice pour la réévaluation des oeuvres de Charles Koechlin. La sincérité du propos, la subtilité évidente des musiciennes à l'oeuvre (autour de la pianiste très convaincante s'associent les quatre instrumentistes féminines du Quatuor Antigone) révèlent sans le dénaturer l'univers engagé et enchanteur du compositeur français. A sa source s'épanouissent les créateurs du groupe du Six, et Messiaen... C'est dire la valeur de son héritage musical. Superbe premier disque et jalon pour notre découverte du Koechlin, poète et prophète, visionnaire habité, enchanteur clairvoyant.

Adami
FCM
Fondation Jean-Luc Lagardère
CD réalisé avec le soutien de
Mécenat Musical Société Générale
et la Fondation Jean-Luc Lagardère

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